Catégories
BD et romans graphiques

Des mangas en veux-tu en voilà !

Avril, c’est un Mois au Japon sur les blogs et c’est l’occasion rêvée de vous parler de quelques mangas que j’ai lus et appréciés. C’est un genre que j’aime vraiment beaucoup alors que j’ai longtemps eu des préjugés.

Des mangas sur les livres et la lecture

Après avoir lu plusieurs merveilleux albums de Junichiro Taniguchi, je me suis initiée au manga au format plus classique en choisissant des séries pas trop longues et parlant de mes sujets de prédilection : les livres, la littérature et la lecture !

Dans cette catégorie, Le maître des livres d’Umiharu Shinohara est un incontournable. Cette série en 15 tomes se passe dans une bibliothèque jeunesse dont le principal bibliothécaire est certes irritable, mais toujours d’excellent conseil : le livre qu’il recommande va chaque fois aider son lecteur (qui n’est pas toujours un enfant) à surmonter une difficulté, résoudre un malentendu, etc. L’auteur explore plusieurs classiques de la littérature jeunesse mondiale et aborde les différents aspects du travail autour des livres, de l’édition au métier de libraire, d’auteur-illustrateur ou de raconteur d’histoires grâce au kamishibaï. C’est une lecture (grands-)parents-enfants idéale (à partir de 10 ans environ à mon avis) : le thème parle à toutes les générations et permet aux plus âgés de partager leurs souvenirs de lecture des classiques évoqués (Peter Pan, Du vent dans les saules, Les aventures de Huckleberry Finn, etc.) et d’y intéresser les plus jeunes.

Ta d loi du cine en avait parlé lui aussi il y a quelques temps : https://dasola.canalblog.com/archives/2024/01/21/40158586.html

Je viens seulement de commencer Magus of the library (je vais attaquer le 3e tome) et je suis sous le charme. Bien que placés dans un contexte imaginaire mêlant des décors des 1001 nuits à des peuples autochtones amérindiens, le métier de bibliothécaire et le rôle des bibliothèques y sont décrits avec précision et un grand réalisme (même si le concours de bibliothécaire ne se déroule heureusement pas dans des conditions aussi extrêmes que celui qui nous est montré😆). Pour la trame romanesque, on suit un jeune enfant aux oreilles pointues qui, suite à une rencontre digne des romans d’aventure dont il est friand, va comprendre qu’il peut lui aussi être un héros et prendre son destin en main. J’ai hâte de découvrir la suite !

Je n’ai lu que le 1er arc de cette série, c’est-à-dire sa 1re partie composée de 7 tomes. Le 2e arc est en cours de parution et devrait se terminer avec le tome 13. Suite à sa mort brutale, une jeune femme intègre le corps d’une enfant maladive vivant à une époque et dans un lieu imaginaires (qui ressemblent cependant fortement à une ville européenne médiévale). Sa famille étant très pauvre, Maïn n’a pas accès à ce qui était vital pour elle dans son existence antérieure : les livres. Elle va donc tenter d’en fabriquer par elle-même malgré sa condition physique très précaire et les difficultés matérielles. Peu à peu, La petite faiseuse de livres va se faire toutes sortes d’alliés et améliorer le quotidien de ses proches grâce aux savoirs acquis dans sa vie antérieure. Cette série s’adresse sans doute encore plus que les deux précédentes à un public jeunesse, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture : quand on aime les livres, on ne peut que compatir au sort de Maïn qui en est brutalement privée !

Adieu, mon utérus de Yuki Okada

On change totalement de registre ici avec le récit autobiographique d’une mangaka. Jeune maman, elle n’a que 33 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’utérus. Malgré la couverture chibi (c’est-à-dire où les personnages sont représentés comme des enfants), ce manga nous montre bien les montagnes russes que fait traverser une telle expérience. Médecins brutaux ou empathiques, proches désemparés, crainte de parler de sa maladie au travail, relations avec d’autres patientes et avec sa propre mère, l’autrice parle de tout cela sans pathos mais sans nier les moments difficiles, y compris de colère ou de rejet des autres. Ce one-shot, autrement dit manga en un seul et unique volume, est très touchant et universel même si certaines situations m’ont paru impensables de nos jours en Europe pour des trentenaires (mais peut-être que je me fais des illusions sur les progrès en matière de parité hommes-femmes en particulier).

Songe d’une nuit ambrée, pour le plaisir des papilles

Les mangas tournant autour de la cuisine ou de boissons ont le vent en poupe. J’ai par exemple commencé L’amour est dans le thé pour en savoir plus sur la culture du thé, de manière légère. Le premier tome était intéressant de ce point de vue-là avec de nombreuses explications grâce à l’héroïne, fille de cultivateurs de thé qui revenait vivre dans l’exploitation familiale après des années d’absence. Hélas, dès le tome 2, la romance prend de plus en plus de place et les péripéties perdent toute crédibilité. Je n’ai pas poursuivi.

La série Songe d’une nuit ambrée de Masoho Murano (scénario) et de Nodoka Yoda (dessin) est bien plus réussie. Il y est question de bières artisanales et de tous les bons petits plats japonais qui peuvent s’accorder avec cette boisson (et si je ne suis pas fan de bière, ça m’a sérieusement ouvert l’appétit pour tout le reste 😜). C’est aussi l’histoire de 3 jeunes Japonais qui cherchent leur voie et tissent des liens d’amitié, d’abord par hasard puis par véritable intérêt partagé pour la bière artisanale. Ce n’est pas un manga révolutionnaire, mais cette petite bande d’amis est très sympathique et je les retrouve avec plaisir d’un tome à l’autre.

On trouve aussi de nombreuses séries sur le saké, le vin, les burgers et sur l’univers des restaurants, l’une des plus connues étant certainement La cantine de minuit. J’ai donc encore beaucoup de mangas culinaire à lire…

Arte ou le manga à Florence

Encore un univers très différent ici, avec le destin d’Arte, jeune femme de bonne famille qui aspire à devenir artiste dans la Florence de la Renaissance. Bien que les femmes soient rejetées par la corporation des artistes, elle réussit à trouver un maître qui accepte de la former. Grâce à son regard de novice, on en apprend plus sur la recherche constante de commandes et de mécènes qui incombe aux ateliers, sur le poids de la corporation, sur les intrigues politiques et les guerres qui font le quotidien de la vie à Florence. L’autrice du manga, Kei Ohkubo, apparaît systématiquement en postface de chaque tome et nous donne un aperçu de la façon de travailler des mangakas, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet aussi éloigné de leur culture d’origine. C’est parfois très naïf, mais c’est souvent éclairant sur la culture japonaise.

Comme dans Magus of the library et La petite faiseuse de livres, j’ai été éblouie par la richesse et la précision saisissante des décors, des tenues et des expressions des personnages. Comme c’est l’usage dans les mangas, seule la couverture est en couleurs. Toutes les pages intérieures sont en noir et en blanc, mais on l’oublie très vite devant la virtuosité dont font preuve les mangakas.

Pour se détendre

J’apprécie aussi des mangas de pur divertissement comme la série Spy x family de Tatsuya Endo, avec sa famille fictive composée d’un espion, d’une tueuse et d’une petite fille télépathe. Chacun(e) ignore ce que sont en réalité les autres membres de cette famille, ce qui les place dans des situations improbables et généralement très drôles. Même si tous les tomes ne sont pas aussi réussis, c’est une série que – comme Fanja – j’aime toujours retrouver. En revanche, fuyez l’adaptation en anime dont j’ai vu un épisode que je qualifierai de catastrophique.

Dans un style différent, je lis avec plaisir Les carnets de l’apothicaire, série (toujours en cours) dans laquelle les intrigues d’une cour impériale imaginaire nous sont racontées par le biais d’une jeune apothicaire prête à tout pour obtenir et tester les substances les plus toxiques, et qui doit souvent mener l’enquête. Il y a du suspense, de l’humour et là encore des décors et costumes splendides. Audrey, du blog Lightandsmell, en est aussi une lectrice.

La plupart de ces séries sont très appréciées, y compris des bibliothécaires. On les trouve donc facilement en bibliothèque. Le principal problème est qu’elles peuvent être très empruntées. Mon astuce personnelle : je réserve plusieurs tomes à la fois pour éviter de me « casser le nez » lors de mes passages en bibliothèque et pouvoir enchaîner au moins 2 ou 3 volumes.

Voilà, c’était un billet un peu long, désolée ! Mais j’espère vous avoir donné envie d’essayer de lire des mangas si vous n’avez pas encore franchi le pas.

Catégories
À propos

Bilan

Encore une année bloguesque qui est passée à toute allure !

Comme je le souhaitais, j’ai réussi à faire baisser drastiquement ma PAL. Je n’ai cependant pas tenu mes autres objectifs. Y parviendrai-je d’ici avril 2027 ? Pour la LC autour de Karel Čapek, cela devrait être possible grâce à la Rentrée à l’Est qui sera tchèque et slovaque cette année. Pour le reste, qui vivra verra 😊.

J’ai fait beaucoup de bonnes et très bonnes lectures cette année, mais les coups de cœur immédiats ou rétrospectifs ont été plus rares. Je me contenterai donc cette fois-ci d’un TOP 5 :

J’ai continué mon tour du monde avec quelques nouvelles destinations :

Et voici le podium des 3 destinations les plus lues au cours des 12 derniers mois sur ce blog :

Évidemment, mes listes d’envies restent, elles, pléthoriques et je n’en ai sélectionné que quelques-unes pour alimenter ma liste d’envies virtuelle que vous retrouverez ici. Faites-moi signe pour une lecture commune si nous avons un même roman en ligne de mire !

À bientôt,

Sacha

PS : Cette année encore, un grand merci à Émilie pour ses graphismes !

Catégories
Autriche Romans

La mélodie de Vienne – Ernst Lothar

Ce petit pavé m’a permis de découvrir Ernst Lothar, écrivain viennois contemporain de Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, entre autres. Il aurait pu s’intituler « Une maison viennoise » tant la villa qui abrite (enferme ?) la famille Alt est le fil conducteur de ce roman qui se déroule de 1888 à 1938.

Personnellement, je trouve cette couverture très « nunuche », ce que n’est pas du tout le roman.

« L’Autriche est une communauté obligée, ça ne t’avait jamais frappé ? Une cohabitation d’éléments disparates ! Les Tchèques détestent les Allemands, les Polonais les Tchèques, les Italiens les Allemands, les Slovènes les Slovaques, les Ruthènes les Slovènes, les Serbes les Italiens, les Roumains les Ruthènes. Et les Hongrois tout ce qui n’est pas eux – extra Hungariam non est vita et si est vita, non est ita ! Ce que tu as concocté dans ce devoir de baccalauréat dont tu es si fier est complètement absurde ! Qu’est-ce que ça veut dire finalement « l’Autrichien » ? Ça n’existe pas ! C’est une appellation inventée par les Habsbourg pour justifier leur pouvoir ! »

La famille Alt possède une manufacture de piano auréolée de gloire grâce à Mozart, ce qui me permet de participer avec cette lecture à l’activité Sing me a song proposée par Sunalee. Le théâtre, la musique et les bals sont présents également puisque nous sommes à Vienne à l’apogée de son rayonnement artistique. La peinture est elle aussi au programme, avec une scène assez hilarante dans laquelle apparaît un, hélas bien trop connu, petit moustachu hargneux dépourvu de talent qui se verra refuser l’entrée à l’École des Beaux-Arts.


Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes malgré ce bouillonnement artistique. La révolte gronde dans les vastes contrées de l’Empire et, bientôt, dans toute l’Europe. Le prince héritier se suicide et son père reste sur le trône tel une poupée de cire figée dans un autre siècle. Et quelques décennies plus tard, ce sera l’Anschluss et la fin d’une époque.

Une belle écriture, vive et moderne et un contexte passionnant rendent ce roman très intéressant. Pourtant, je suis restée sur ma faim. Je pense que trop de références m’ont échappé : l’auteur part du principe que nous connaissons tout ce petit monde, et ni le traducteur ni l’éditeur n’ont jugé nécessaire de donner quelques précisions chronologiques ou dynastiques. Résultat : j’ai parfois été frustrée de ne pas tout saisir du contexte politique et me suis ennuyée lors de certains passages. Par ailleurs, j’ai eu du mal à comprendre les personnages principaux et ne me suis attachée à aucun d’eux, ce qui est un peu gênant pour moi dans une saga familiale, même si elle est surtout une métaphore de « la chute de la Maison Autriche » bien plus que l’évocation d’une famille de chair et de sang. Mais cela a eu pour effet de manquer un peu de corps pour moi.

Anniemots a été emballée pour sa part et je vous invite donc à découvrir son avis qui m’avait poussée à noter ce livre aussitôt.

Pour accompagner ce billet et parce que Mahler apparaît dans le roman (quelques personnages assistent à un concert dirigé par le compositeur himself ), j’ai choisi sa symphonie no 2, que je trouve bien dans l’esprit du roman, oscillant entre grandiloquence et intériorité.

Catégories
Argentine

Sept maisons vides – Samantha Schweblin

Traduction de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon – Éditions Grasset

Auréolé du National Book Award du meilleur livre étranger 2022, ce livre a attiré mon regard en bibliothèque grâce à sa couverture d’un rose pimpant. Son petit nombre de pages (174) m’a ensuite convaincue de l’emprunter : encore une bonne occasion de participer aux Gravillons de Sibylline.

Alors, qu’a donné cette pêche au hasard des rayonnages ? Ma foi, j’ai fait là une lecture originale et intrigante. Car dans ce recueil de nouvelles « domestiques » venues d’Argentine, la folie ne semble jamais loin. Et l’autrice nous ménage de petites surprises et des chutes fort habiles.

Pas de réalisme magique, d’incursion fantastique ou autre approche littéraire « sud-américaine » : c’est avec une écriture vive et d’un naturel trompeur que Samantha Schweblin distille un malaise plus ou moins léger autour des personnages et des maisons au centre de ses nouvelles. De longueur variables (de 6 à 80 pages), ces textes laissent une impression trouble, parfois dérangeante, et toujours intéressante.

Plusieurs protagonistes ont de toute évidence un grain, ce qui est évidemment propice à des situations assez improbables, mais aussi (très) tendues. On rencontre ainsi une femme qui s’introduit dans des maisons et jardins pour y déplacer des objets, des grands-parents qui aiment se promener nus dans leur jardin (et ça ne plaît pas à tout le monde), une vieille dame souffreteuse que la démence rend paranoïaque… De quoi méditer sur la normalité apparente dans nos sociétés policées.

Catégories
Algérie France Romans

Le désert ou la mer – Ahmed Tiab

Éditions de l’Aube

Noté sur les conseils de Fabienne, Le désert ou la mer est un roman noir mettant en scène un policier intègre qui enquête sur la mort d’Africains littéralement échoués sur les côtes oranaises. Car lorsque les routes habituelles de l’immigration sont perturbées par des guerres civiles, les migrant désespérés sont prêts à tenter la traversée vers l’Europe depuis l’Algérie, pour le plus grand bonheur des trafiquants locaux.

Commençons par les points forts : Le personnage de Kémal Fadil m’a plu. Élevé par une mère peu conventionnelle, honnête (une vraie qualité quand on travaille dans un système aussi corrompu) et sachant s’entourer de collègues-amis hauts en couleur, il est tenace, sensible et intelligent, sans en faire trop. Le décor est très bien planté, c’est réaliste et évocateur. Oran dévoile son histoire et ses multiples facettes d’aujourd’hui. Le parcours des migrants depuis le Niger est visiblement très documenté. Le lien entre ce trafic d’êtres humains et une autre filière mafieuse m’a par ailleurs semblé une excellente idée.

Pourtant, j’ai bien failli arrêter ma lecture à plusieurs reprises, surtout dans le premier tiers. Premier point : je commence à me lasser des romans policiers construits avec un chapitre dans le présent, un chapitre dans le passé, surtout quand la période la moins traitée est celle de l’enquête. Deuxième point, beaucoup plus gênant : Les invraisemblances se multiplient à Niamey, avec les « décisions » prises par le personnage d’Ali, les dernières paroles de celle qu’il aime en secret, etc. Tout ça m’a paru très maladroit, voire risible.

J’ai tenu bon parce que le sujet me semblait le mériter et parce que le roman retrouve ensuite une certaine crédibilité, mais il y a – en plusieurs endroits du récit – d’autres passages incongrus, avec des sous-intrigues bizarres dont je n’ai pas compris l’intérêt. À mon avis, elles compliquent inutilement la lecture. Et puis que dire de ce coup de foudre pour une jeune femme entr’aperçue alors qu’elle est dans un état absolument piteux, et surtout qui est encore très, très jeune par rapport à celui qui la convoite. Je ne parlerai même pas du fait qu’il n’hésite pas à lui octroyer un traitement de faveur simplement parce qu’elle lui a tapé dans l’œil …

Des polars à foison et de tous horizons sont lus cet hiver dans le cadre de l’Hiver polar chez Je lis, je blogue.

Bref, le thème est intéressant, l’enquêteur est (aurait pu être ?) un personnage prometteur et l’auteur sait créer des ambiances. Malheureusement, à vouloir traiter trop de sujets et de personnages, il se disperse, tombe parfois dans les clichés et perd en crédibilité.

Le désert et la mer se passe bien après la Décennie noire, mais il en est largement question et cela m’a rappelé un polar algérien d’un tout autre calibre sur cette période : Morituri, de Yasmina Khadra. Si vous ne devez en lire qu’un, optez sans hésiter pour cette enquête du commissaire Llob plutôt que Le désert ou la mer, honnête mais qui n’ose pas aller jusqu’au bout de la noirceur que son sujet réclame.

Sharon, Belette 2911 et Fabienne sont d’un tout autre avis que moi 😁 : les goût et les couleurs, tout ça, tout ça !

Catégories
Mongolie Romans

Dojnaa – Galsan Tschinag

Traduction de l’allemand par Dominique Petit et Françoise Toraille – Éditions Philippe Picquier

Le challenge des gravillons proposé par Sibylline était l’occasion idéale pour sortir de ma PAL ce court roman qui y dort depuis près de 3 ans !

Entre deux polars, je m’attendais à ce qu’il m’offre une grande bouffée d’air frais et un dépaysement bienvenu. Alors, certes, on est sous une yourte mongole, mais l’histoire qui nous est racontée est en quelque sorte « #metoo dans la steppe » (et avant l’heure puisque le roman a paru pour la 1re fois en 2001). Le propos est donc d’une actualité frappante (masculinisme quant tu nous tiens) et pas léger-léger.

Les gravillons sont chez Sibylline jusqu’au 20 mars !

Galsan Tschinag est un auteur mongol, et plus précisément touvain (les Touva sont un peuple turcique de Mongolie), qui a vécu en Allemagne, y a étudié et écrit en langues mongole et allemande. Il sait de quoi il parle et n’idéalise pas la vie nomade, sans la rejeter. Dans ce roman, il montre surtout les mâles sous leur jour le plus rustre, pour ne pas dire animal. La pauvre Dojnaa est ainsi mariée à Doormak, que je qualifierai de sale type, pour le moins :

« Une fois de plus, il avait le sentiment qu’elle l’agressait, que son statut de mari était menacé, prêt à s’effondrer et à sombrer dans le ridicule. Il crut qu’il lui fallait se défendre, ce qu’il fit sur-le-champ : il lui flanqua une gifle retentissante. (…) Il éprouvait la même chose qu’un chien qui a terrassé un loup plus par inadvertance que volontairement. Et tout comme le chien, il n’avait pas de plus cher désir que de recommencer à la première occasion. »

Longtemps, Dojnaa accepte de « rester à sa place », par respect des traditions, parfois par pitié pour ce mari si puéril, et surtout par dépendance affective et matérielle (un scénario bien connu des violences conjugales). Et puis, un jour, Doormak s’en va et, cette fois, ne revient pas. Dojnaa va alors renouer avec sa vraie nature, celle d’une chasseuse, d’une force de la nature, le roman prenant alors un tour initiatique, presque mystique.

Je m’attendais à un roman un peu contemplatif, avec force descriptions de la nature et faisant de Dojnaa une « femme forte » luttant contre l’adversité. Or, c’est bien plus dynamique, subtil et complexe que ça. Galsan Tschinag est un auteur à découvrir, à la langue parfaitement accessible et délicate. Je reviendrai certainement vers son œuvre, d’autant que j’ai repéré La fin du chant chez Cath L.

Catégories
Norvège Romans

Cairns – Martin Baldysz

Traduction du norvégien par Marina Heide – Éditions Paulsen

Découvert chez Aifelle, Cairns est un roman au charme étrange, dont j’ai beaucoup apprécié l’ambiance, mais moins la fin m’a un peu « cueillie à froid ». Je suis donc particulièrement curieuse de connaître l’avis d’Ingannmic qui s’est jointe à moi pour cette lecture.

J’ai aimé suivre les pensées de Reidar-le-Montagnard, aussi connu sous le surnom moins flatteur de Reidar-le-Marginal, un fermier solitaire porté sur la bouteille. Un homme qui a parfois des envies d’ailleurs, un être à l’âme peut-être sensible qui accepte d’accompagner en montagne le nouveau pasteur de la communauté. Celui-ci est décidé à partir à la rencontre de Kirsten Nesse, une bergère qui aurait assassiné un chasseur un an plus tôt. Est-elle bien vivante comme l’affirment des villageois ou est-elle devenue une huldra, séduisante créature du folklore nordique ?

Cairns est un roman court qui me permet une nouvelle participation aux Gravillons de l’hiver chez Sibylline.

Dans cette montagne hostile et d’une beauté à couper le souffle, les deux hommes tâchent d’accorder leurs pas, à défaut de leurs pensées qui restent fermées à l’autre. Mais le danger n’est jamais loin en montagne, et Reidar n’est pas un guide aussi fiable qu’il le pensait, préoccupé qu’il est par les rêves étranges qui le poursuivent à propos de ce qui est arrivé à Kirsten. La fin (que je ne dévoilerai pas) m’a prise de court et fort peu émue, je dois dire. Son côté mystérieux s’inscrit parfaitement dans l’esprit du roman et n’est ni surprenant, ni gênant, mais j’ai eu le sentiment que quelque chose m’avait échappé et que l’auteur ne m’avait pas donné assez d’indices sur un point. C’était sans doute volontaire, et c’est aussi ce qui fait le charme des romans courts. Ici, cela a cependant un peu terni mes impressions (frustration quand tu nous tiens !).

Céline recense les lectures scandinaves. Vous trouverez donc chez elle une vaste bibliographique nordique !

Qui aime la randonnée en montagne, les paysages nordiques spectaculaires, les contes intemporels et les bergers taiseux, y trouvera probablement son compte. Dans cette catégorie de roman, ma préférence va cependant encore et toujours au petit bijou qu’est Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson (qui, avec ses 70 petites pages, pourrait être qualifié de gravillonnet 😋).

Catégories
Grèce Romans

Liquidations à la grecque – Petros Markaris

Traduction du grec par Michel Volkovitch – Éditions du Seuil

Je voulais commencer les enquêtes du commissaire Charitos dans l’ordre… et bien c’est raté ! Car si ce tome est bien le 1er d’une trilogie consacrée à la crise grecque, il n’est pas le 1er de la série. Peu importe, j’ai passé un excellent moment dans une Athènes pourtant secouée par des meurtres hors normes et une violente crise économique. Il faut dire que j’étais en bonne compagnie puisque Keisha et Patrice m’ont accompagnée pour une LC sous les auspices de l’Hiver polar proposé par Alexandra.

Je préfère cette couverture du format poche paru chez Cambourakis à celle de l’édition que j’ai lue :-D.

Kostas Charitos est un policier gourmet et un peu râleur, mais/et donc éminemment sympathique. Il m’a rappelé le commissaire Montalbano, ressemblance que relevait déjà Jean-Marc chez qui j’ai repéré ce roman. Composée de sa femme aussi acariâtre que généreuse, de sa fille tout feu tout flamme pour défendre les plus vulnérables (et soutenir une équipe de foot) et de son gendre médecin au tempérament philosophe, sa famille est très présente tout au long du roman, et c’est un véritable atout. Grâce à ça, on s’attache vite à notre enquêteur tout en profitant de points de vue variés sur une situation qui n’est clairement pas rose dans la Grèce des années 2000, que ce soit pour les retraités, les étudiants, les fonctionnaires ou les entrepreneurs.

Les victimes « liquidées » ici sont de hauts responsables du monde de la finance. Comme si cela ne suffisait pas, un petit malin, rapidement surnommé « Robin des banques » par la presse, encourage la population à ne pas rembourser ses emprunts. Les choses risquent donc de dégénérer très vite et notre commissaire a pour le moins la pression.

Un hiver polar, c’est chez Je lis, je blogue jusqu’au 20 mars

Une fois n’est pas coutume, j’ai démasqué le coupable quelques chapitres avant l’enquêteur, mais cela ne m’a pas gâché le plaisir. L’essentiel du roman est ailleurs : dans sa galerie de personnages, du journaliste intègre aux différents suspects en passant par les collègues et les proches de Kostas Charitos, et surtout dans le tableau social et économique qu’il dresse et qui – actualité oblige – n’a pas manqué de me faire penser à notre situation budgétaire nationale …


Liquidations à la grecque est un très bon roman et je n’en ai pas fini avec Petros Markaris qui a déjà un certain nombre d’adeptes sur la blogosphère : Alex, CathL, Dasola, Doudoumatous