Vintage Books
Une fois n’est pas coutume, c’est d’un roman irlandais dont je vais vous parler aujourd’hui. Star of the sea, paru en France sous le titre L’Étoile des mers, est le récit d’une traversée (fictive) particulièrement tragique et haletante entre l’Irlande et les États-Unis en 1847. À bord du navire qui donne son titre au roman, quelques passagers de première classe et surtout des centaines de migrants irlandais fuyant la famine. Et parmi eux, un meurtrier et sa future victime.

Si la traversée à bord de la Carlotta était déjà éprouvante dans la Saga des émigrants, ce n’était rien à côté de celle-ci. Les conditions sont atroces : le bateau est en mauvais état et a chargé beaucoup trop de passagers, les rations sont à peine plus généreuses que dans un camp de concentration nazi, des épidémies et surtout la famine elle-même tuent plusieurs passagers par jour. Le contraste entre la première classe et l’entrepont est évidemment choquant, et si Joseph O’Connor dénonce avec force le cynisme et l’indifférence avec lesquels l’Irlande s’est vidée de son sang et de sa population, il n’oublie jamais sa trame romanesque. Le meurtre annoncé dès le début ne fait par exemple qu’accentuer la nécessité impérieuse de continuer à tourner fébrilement les pages ! Et Joseph O’Connor aime jouer avec son lectorat, en particulier avec des titres destinés à créer le suspense, tout en se servant de ce roman avant tout pour parler d’une époque, de l’histoire de son pays, mais aussi (c’est mon sentiment) pour nous rappeler que, de tout temps, des hommes et des femmes ont dû fuir leur pays pour survivre et qu’ils méritent un meilleur accueil et le respect de leur dignité (une vision incarnée par capitaine du Star of the sea) .

J’ai déjà pu apprécier le talent de Joseph O’Connor avec Dans la maison de mon père (pas chroniqué), un roman plus récent qui a connu un beau succès sur la blogosphère. Star of the sea – publié 20 ans plus tôt – est sans doute encore plus brillant. Les références à de nombreux classiques, un travail documentaire historique et linguistique extrêmement impressionnant restitué sous une forme romanesque d’une grande fluidité, des personnages complexes dont certains nous surprendront jusqu’au bout, des révélations inattendues et un final que je n’avais absolument pas vu venir : c’est assez éblouissant. Si je dois avoir un bémol, c’est peut-être justement un chouïa trop épatant. L’auteur m’a parfois donné l’impression de vouloir en mettre plein la vue, mais je chipote, d’autant que cette impression est peut-être volontaire : le style du roman est très « 19e siècle » et cette « esbroufe » est potentiellement un clin d’œil au genre feuilletonnesque qu’on pouvait lire à cette époque (je dis ça, mais je suis loin d’être une spécialiste, ce ne sont là que des supputations).
Ce roman, recommandé par Fanja, me permet de participer à la 3e édition du Booktrip et de monter en grade ;-), moi qui suis tout en bas de l’échelle ! Il vous reste quelques mois pour participer à ces lectures sur le thème de la mer, la navigation et les îles. Il y a plein d’idées à piocher ici : https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/p/book-trip-en-mer-2026-livres-lus.html





















